À PROPOS
Visita interiora terrae rectificando*
Il existe un terrain commun entre le travail alchimique et le travail artistique. Tous deux sont une quête guidée par l’interrogation de la matière. Le but étant de saisir, étape par étape, ce que cette matière enseigne, ce qu’elle révèle à propos d’elle-même, ou mieux encore, à propos de celui qu’elle interroge. Il est vraisemblable qu’aucun alchimiste, jamais n’a découvert la fabrication de l’or. Le but n’est probablement pas là. Le but est le chemin.
L’intérêt d’un site internet est de permettre aux visiteurs d’apercevoir le chemin parcouru et d’en mieux saisir les étapes. C’est aussi de rendre visible, au travers des pièces choisies par l’artiste, les développements à partir des interrogations initiales. Lent processus de maturation, les ponctuations du parcours plastique rendent perceptibles les étapes du parcours intérieur.
Qui a visité l’atelier d’Annie Quéméneur-Lauras a pu constater à quel point il ressemble à un laboratoire où se côtoient pigments, minéraux, colles animales, texture végétale. Atelier laboratoire autant que cuisine paysanne. Celle des préparatifs affairés des grands jours : macération, cuisson, bouillon, odeur. Ce travail artistique, dès les premières peintures, s’est fondée sur la nécessité de fabriquer son propre matériau de base : un matériau englobant les divers états de la nature. Partant de là, cette substance vitale est ensuite mise en forme. Glissement progressif de la matière vivante et brute à la forme. Cette métamorphose reconduit chaque fois autant la volonté d’entrer en contact avec la matière qu’avec soi-même.
Annie Quéméneur-Lauras est imperceptiblement passée de la peinture à la sculpture, de l’image à la forme se déployant dans l’espace. L’image en gestation a d’abord pris du relief. Cette croissance, tout en synthétisant les thèmes des tableaux figuratifs, l’a lentement conduite à sortir du plan-matrice pour donner corps à l’image : corps physique et corps autonome, passage du mur au sol, naissance.
L’élaboration des formes est pour l’artiste un patient travail visant à restituer l’amplitude de contenu des préparations de départ. Les colonnes traduisent cette superposition des états où fusionnent l’être humain, masculin et féminin, l’animal, la plante, la pierre. Plus encore, le travail de texture, particulièrement précieux pour Annie, ajoute la présence du vent, de l’eau, de l’air, de la main. Le choix de l’installation amplifie les correspondances : la forêt pétrifiée se change en procession, l’événement devient Histoire, la nature se transmute en culture. A moins que par sorcellerie, ce ne soit la culture qui se métamorphose en nature.
Animer la matière, lui donner une âme autant qu’un sens, n’est-il pas un des fondements de l’art et ne revient-il pas à projeter la quête de soi sur cette matière afin d’y découvrir sa propre présence ?
Le travail d’Annie Quéméneur-Lauras affirme cette volonté de trouver une existence à la matière première. Elle bouillonne, souffre, meurt, renaît à un autre mode d’être. Ce travail est une affirmation de la vie. Pour le dire autrement, une lutte contre l’inertie ou contre l’absence. Mais alors faut-il convenir qu’il est aussi une lutte contre la mort ?
GuyPoireau
*En visitant sa terre intérieure, en la rectifiant, en la redressant, on découvre une pierre cachée.